Ce qui vit en nous

Opéra de chambre en 3 actes, Stéphane Arcas, Baudouin de Jaer

3ème volet de l’opéra de Baudouin de Jaer, basé sur le triptyque « La fôret ; Le désert ; L’argent » du dramaturge Stéphane Arcas.

Au beau milieu d’un espace inconnu, un jeune homme amnésique tente de rassembler des bribes de souvenirs pour y trouver la raison de sa présence. Une infirmière le rejoint mais ne parvient pas à l’éclairer sur sa situation. Après diverses hypothèses absurdes, le rideau se lève sur la réalité : il s’agit d’une salle d’autopsie.

Ce qui vit en nous est une comédie chantée dans laquelle chacun des personnages pose la question de la mort et de son omniprésence dans l’esprit de tout être vivant. Tour à tour, ils dressent à leur façon le portrait de cette sensation d’« inquiétante étrangeté », comme la nommait Freud. Elle est le lieu où le quotidien se mue en ombre et où le vivant et l’inanimé entrent en collusion. Elle se loge ainsi dans tout ce qui nous est familier. Absente de nos pensées, dans le tourbillon de nos activités, la Faucheuse apparaît sans prévenir et l’on s’aperçoit, alors, qu’elle était là, depuis le début. Elle est ce qui vit en nous.

Interview des chanteurs/acteurs
Interveiw de l’auteur, du compositeur et du directeur musical
« Ce qui vit en nous » : d’où vient la pensée ?

Critique de Martine D. Mergeay pour La Libre

Création d’un objet lyrique non identifiable signé Stéphane Arcas et Baudouin de Jaer. À la Balsamine, avec Ars Musica.

« Elle est où, la pensée ? » C’est une vraie question, y avez-vous déjà songé : où se « situe » réellement, physiquement, géographiquement, la « pensée » ? On répondra quelque chose du genre : au-dessus des yeux et entre les oreilles, parce qu’on imagine, sans jamais l’avoir vue, que la pensée se situe dans le cerveau, mais rien n’est sûr…. 

La question est posée par une ravissante infirmière (Sarah Théry, mezzo, la diva du plateau), tombée de nulle part, au héros involontaire de l’affaire (l’excellent comédien Nicolas Luçon) avant qu’un coup de foudre les précipite tous deux dans un ailleurs intemporel – une morgue aux lumières mordorées (forcément) – où la première prépare une intervention très spéciale sur le second (nu comme un ver sur la table de dissection), en commençant par le talquer de la tête aux pieds (tout comme Castellucci enjoignit Jeanne de le faire pour elle-même, la veille, à la Monnaie), car, quoiqu’indique son incessant bavardage, le jeune homme est mort, archimort (la suite à la scène).

Avec Ce qui vit en nous, troisième acte d’un triptyque ouvert avec La Forêt, le metteur en scène, écrivain et plasticien Stéphane Arcas et le prolifique Baudouin de Jaer, ici compositeur, signent une sorte de délire surréaliste et post-mortem où la parole dite l’emporte de loin sur la parole chantée (et donc plus proche du mélodrame que de l’opéra – ceci à titre d’indication pour le lecteur, car qu’importent ces distinctions pour des maîtres d’œuvre jonglant avec l’éternité) ; où les neuf musiciens de l’Ensemble Besides, placés sur scène (à jardin) et finement dirigés par Martijn Dendievel sont inclus organiquement dans l’action ; où la musique – intermittente – se répartit entre tutti explosifs, sérénades madrigalesques et récitatifs très légèrement accompagnés ; et où l’écriture vocale se maintient dans un registre proche de la voix parlée et aussi peu lyrique que possible. Tout cela est bizarre, mais sensible, souvent drôle, et en définitive très vivant, c’est le but.