Territoires de l’oubli

Récital « Territoires de l’oubli », Espace Garage, Ottignies (B) 2018

« En réaction contre une écriture percussive du piano courante à l’époque, Territoires de l’oubli renoue avec une certaine conception « lisztienne » de la virtuosité.

Le piano y est considéré avant tout comme un ensemble de cordes résonantes – la percussion des marteaux n’est que l’indispensable inconvénient qui permet de les mettre en vibration, directement ou par sympathie.

Les sons vibrent jusqu’à extinction naturelle, car la pédale est enfoncée pendant toute la pièce, sans jamais être relevée. Leur résonance décrit des territoires successifs, délimités par l’oubli des fréquences qui s’éteignent. (…)» Tristan Murail [1]

Ce récital nous fait voyager au travers de jets d’eau, cascades et ruisseaux, lance des interrogations mélodiques, fait résonner de lointains carillons, nous chuchote à l’oreille, à la limite de l’audible et du transparent puis reprend de plus belle en sons de cristal et chants d’extase pour finir par se perdre en territoires lointains et oubliés.

La note de programme des Territoires de l’oubli de Tristan Murail reflète bien l’esprit de ce récital, le piano en tant que corps résonant. L’idée est d’emmener l’auditeur au cœur de l’instrument et de ses sonorités.  On se retrouve dans une cathédrale à expérimenter le son de différentes manières selon qu’on se trouve dans le chœur, la nef, chuchotant contre une colonne du bas-côté, dans le transept, en chantant, musant ou en tentant de remplir l’espace acoustique jusqu’à saturation.

Chacun des compositeurs répond à sa manière à cet instrument mis en vibration et abandonné à ses propres résonances.  On retrouve une forte filiation entre certains compositeurs ; Ravel faisait partie des modèles d’Olivier Messiaen.  Ce dernier fût également le professeur de Tristan Murail au conservatoire de Paris quant à Karen Tanaka, elle fût élève de Tristan Murail à l’université de Columbia.

Pièces proposées :

  • Jeux d’eau (1901), Maurice Ravel (FR)
  • Etude n°3 « Tangram » (1999), Pascal Dusapin (FR)
  • Back to the Sound (2009), Jean-Luc Fafchamps (BE)
  • Making a leaf transparent and then another (2012), Newton Armstrong (AU)
  • Crystaline 2 (1996), Karen Tanaka (JP)
  • Chant d’extase dans un paysage triste, extrait des Préludes (1928-29), Olivier Messiaen (FR)
  • Territoires de l’oubli (1977), Tristan Murail (FR)

[1] Extrait de la note de programme des Territoires de l’oubli de Tristan Murail